Les femmes s’approprient l’espace public

Les femmes s’approprient l’espace public

La Ville de Bruxelles établit une liste de femmes illustres pour nommer ses futurs places, rues, bâtiments. La regrettée Jo Cox en fait partie

A l’initiative d’Alain Courtois (MR) et de Mohamed Ouriaghli (PS), le Collège des Bourgmestre et Echevins de la Ville de Bruxelles vient d’adopter aujourd’hui une liste de femmes illustres. Celle-ci est destinée à féminiser davantage les noms de rue et de place, et ce, soit principalement à l’occasion de la création de nouvelles voiries soit exceptionnellement pour rebaptiser des lieux historiques.

Cette disposition s’inscrit dans la lignée du plan d’action pour l’égalité des femmes et des hommes voté par le Conseil communal en septembre 2014. Un plan qui vise, notamment, à promouvoir des femmes historiquement importantes en attribuant leur nom à de nouvelles rues, places, voire bâtiments. Parmi ces vingt-six femmes emblématiques à maints égards, nous retrouvons :

  • des femmes politiques (Marie Parent, Léonie La Fontaine, Huda Sharawi, Anna Zingha, Gabrielle Petit) ;
  • des artistes (Anna Boch, Marie Howet, Berthe Art, Alice Piette – Van Buuren, Yolande Uyttenhove, Suzy Falk, Chantal Akerman) ;
  • des femmes sportives (Claire Guttenstein, Jenny Marie Béatrice Addams) ;
  • des femmes scientifiques (Marguerite Massart, Claire Préaux, Lise Meitner, Hélène Antonopoulos) ;
  • des femmes écrivaines (Marie-Thérèse Bodart, Madeleine Bourdouxhe, Marguerite Coppin) ;
  • mais aussi Isala Van Diest, Hélène Dutrieu, Régine Karlin et Gabrielle Vincent.

Au gré de l’émergence de nouveaux espaces publics, le Collège s’engage à avoir recours prioritairement à cette liste.

Mohamed Ouriaghli, Echevin de l’Egalité des chances, nous confie : « Force est de constater, de par la construction patriarcale de notre société, que les hommes se sont approprié le pouvoir, et par corollaire les prises de décision. Bien que ces dernières décennies une organisation plus égalitaire tende à voir le jour dans les différents échelons, les représentations dans l’espace public sont majoritairement masculines. Il importe d’équilibrer cela en mettant en valeur des personnalités illustres, aussi bien masculines que féminines ».

Pour Alain Courtois, Premier échevin, « un rééquilibrage des sexes, dans tous les domaines, est indispensable. Les femmes sont en effet au moins aussi compétentes que les hommes ! En outre, tout concourt aujourd'hui à l'émergence d'une société où la domination masculine est progressivement reléguée aux oubliettes. Une place plus grande pour les femmes et une mutation bienvenue voire nécessaire de l'identité masculine concourent à reléguer l'image du macho au placard. C'est pour souligner cette évolution sociale que le Collège de la Ville de Bruxelles a décidé d'encourager la représentation des femmes dans l'espace public, en mettant en lumière les grandes dames qui ont marqué notre histoire ».

  • Jo Cox

Le 16 juin 2016, Madame Jo Cox, membre de la Chambre des communes, a été sauvagement assassinée pour ses positions politiques, y compris concernant les droits des femmes et ceux des personnes réfugiées. Cet acte abjecte a été le fait d’un partisan nationaliste anglais intervenu dans un climat politique favorisant ce type de violence, alors que les Britanniques discutaient du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. Le procès de l’assassin est actuellement en cours.

Les autorités de la Ville de Bruxelles ont été bouleversées par cet acte ignoble. Elles tiennent par conséquent à rendre un hommage à Jo Cox, de sorte à prolonger ses combats politiques, notamment en faveur de la construction européenne. Prochainement, un lieu symbolique de la capitale portera son nom, elle qui a vécu une partie de sa vie à Bruxelles.

Le Lobby européen des femmes, partenaire de la Ville de Bruxelles, soutient l’initiative. Sa Secrétaire générale, Joanna Maycock, était une amie proche de Jo Cox et facilitera les interactions et obtentions d’autorisation auprès de la famille qui soutient également l’initiative. « Jo était une amie très proche et exactement le genre de personne que l’on veut voir en politique : une féministe extraordinaire, brillante et sans peur, motivée par une passion pour les droits des femmes et la justice sociale, et portée par la conviction que nous pouvons et que avons le devoir de nous battre pour un monde plus sûr, plus juste et plus égalitaire ».